dimanche 1 juillet 2007

LE SOCIALISME... EN HERITAGE...

Jack Lang : “le PS n’a pas changé de nature mais de mesure”

Une campagne créative et inventive. C’est le vœu de Ségolène Royal. Tout ne viendra pas d’en haut… Jack Lang a devancé le message et proposé l’adhésion à 20 euros. Aujourd’hui, le PS ouvre ses portes plus largement encore. Le secrétaire national au développement du Parti nomme cette nouvelle campagne « les adhérents de la victoire ».

Lors du congrès d’investiture, le 26 novembre, Ségolène Royal a insisté sur le fait que «la politique doit changer». Comment cette volonté de changement s’applique-t-elle aujourd’hui au Parti socialiste ?

Fidèle à son héritage, à son histoire, le Parti doit en même temps accomplir une profonde mutation. Nous devons être en symbiose avec notre pays et trouver des modes de fonctionnement, de débat, d’échange, qui associent les citoyens et qui soient en harmonie avec les aspirations profondes de la société. Quels qu’aient été les grands moments de l’histoire socialiste depuis 25 ou 30 ans, le Parti s’est parfois trop coupé de la vie réelle. C’est la raison de cette proposition que j’ai soumise aux camarades l’année dernière : ouvrir nos portes à ceux qui veulent nous rejoindre. Les obstacles pour adhérer étaient multiples.

D’abord, un obstacle psychologique : en France, on répugne souvent à prendre la carte d’un parti, d’un mouvement, d’un syndicat. On est volontiers individualiste, on redoute d’être enrégimenté. Ensuite, un obstacle technique : à quelle porte frapper, où trouver l’adresse d’une fédération, d’une section… Enfin, un obstacle matériel : le coût de l’adhésion est relativement élevé, notamment pour les catégories populaires.

Cette question des cotisations est un véritable serpent de mer. Que faire ?

Un adhérent paie déjà de lui-même en acceptant de donner son temps, son énergie, son talent, son imagination, sa capacité militante. Et nous lui demandons, de surcroît, une cotisation parfois prohibitive. Et puis le coût des adhésions est variable d’une région à une autre, ce qui est source d’inégalité. Je suis de ceux qui pensent qu’il faudra imaginer un système nouveau de cotisation pour l’ensemble des adhérents : des cotisations assez basses, identiques sur l’ensemble du territoire. De plus, si nous gagnons les élections, notre devoir sera de transférer une bonne partie des fonds publics de financement aux fédérations et aux sections. La campagne de Ségolène Royal ouvre la voie puisqu’elle sera partiellement décentralisée financièrement. Chaque fédération disposant d’une fraction du budget général. Il faudra aussi redistribuer les ressources après les élections. C’est un sentiment personnel, mais je souhaite le faire partager très rapidement.

On entend parfois dire que le Parti socialiste aurait changé de nature avec les nouveaux adhérents…

Le Parti socialiste n’a pas changé de nature mais de mesure. Quand une section double ou triple son nombre d’adhérents, c’est à la fois un changement quantitatif et qualitatif. Il est plus difficile d’organiser des réunions de 1000 personnes que de 200 ou 300. Le Parti a donc été obligé d’inventer des systèmes d’échange et de dialogue nouveaux. Peu à peu les adhérents se dotent, pour ceux qui n’en ont pas déjà, d’une adresse électronique. Nous communiquons de façon plus rapide, plus réactive, plus légère et plus en phase avec l’actualité. Nous commençons à percevoir les changements très profonds qui vont affecter le PS :son rapport à la population, son mode d’organisation. Des sections se créent sur des communes ou des cantons où notre implantation était quasi nulle. Dans les sections existantes, l’arrivée de nouveaux camarades a permis de sortir de certaines routines et de renouveler les effectifs avec plus de jeunes, plus de femmes, plus de diversité. Aucun groupe, aucune structure n’échappe à l’usure. Cette régénération est salutaire pour que nous ne soyons plus un parti de cadres mais un parti de masse.

Ces changements n’ont pas été forcément vus d’un bon oeil par tous. Que répondez-vous à ceux qui critiquent des « adhésions au rabais » ?

Mais est-ce que ce sont ces cotisations à 20 euros qui sont au rabais ou les autres qui sont trop chères ? Dans les familles modestes, quand un couple adhère, 40 euros, ce n’est pas rien. C’est certain que pour celles et ceux qui paient une cotisation supérieure, notre initiative pouvait sembler illégitime. C’est pourquoi elle ne concernait que les primo-adhérents et ne s’appliquait que la première année. Mais comme je viens de le dire, il faut se poser de nouveau la question d’un barème national avec des cotisations accessibles, car l’argent ne devrait jamais être un obstacle.

L’autre grande critique de cette vague d’adhésions était son poids dans l’orientation du vote pour la désignation du candidat. Qu’en a-t-il été ?

J’ai tout entendu sur ce thème. On m’a même parfois dit que je lançais cette campagne d’adhésions pour favoriser ma propre candidature. La vérité est plus simple : la participation au choix du candidat a été un puissant moteur des adhésions, mais les nouveaux n’ont pas voté différemment des anciens, comme l’ont démontré les études réalisées sur cette consultation.

Aujourd’hui, le PS lance une nouvelle campagne, que vous avez nommée les « adhérents de la victoire ». Quel est son objectif ?

Nous avons besoin d’accroître et d’améliorer encore notre implantation, commune par commune et département par département, pour fournir à notre candidate et à nos candidats aux législatives des relais beaucoup plus proches encore des citoyens. Je souhaite un rassemblement de ceux qui désirent la victoire de la gauche. Pour qui il ne s’agit pas seulement de prendre une carte, mais d’être, à nos côtés et avec nous, des acteurs de cette campagne présidentielle. Une campagne, c’est une période passionnante, exaltante, excitante. Ces mois prochains, l’ensemble des militants socialistes sera appelé à donner son sentiment. D’autant plus que Ségolène Royal souhaite une campagne créative et inventive. Que chacun apporte ses idées de tracts, d’affiches…Tout ne viendra pas d’en haut. Au contraire, à l’image de la démocratie que nous voulons fonder : une démocratie des citoyens et non l’autocratie de quelques-uns, il faut que chacun soit co-auteur aujourd’hui de la campagne de la victoire. C’est capital, surtout pour cette campagne qui s’annonce dure, incisive, peut-être violente. Il nous faudra répondre rapidement, avoir une capacité réelle de déploiement, sur le terrain mais aussi sur le web grâce aux «e-militants»: nous devrons être sur le pont en permanence.

Le parti s’est-il fixé un nombre d’adhésions à atteindre ?

Dans un premier temps, nous visons 325 000 adhérents car c’est, dit-on (1), un chiffre proche de l’effectif record atteint par le mouvement socialiste au lendemain de la seconde guerre mondiale. Pour atteindre cet objectif, nous allons organiser de nombreuses opérations comme, par exemple, des portes ouvertes : nous ouvrirons notamment aux adhérents le 10 rue de Solferino, réaménagé et transformé en siège de campagne ; nous tiendrons des réunions en régions, avec de nombreuses personnalités, politiques mais aussi culturelles, pour créer un mouvement de rencontres et d’échanges.

Ensuite, une troisième vague d’adhérents viendra, je l’espère, d’elle-même, après la victoire. Ce seront les adhérents de la présidence de Ségolène Royal. Trop souvent les gouvernants ont tendance à se couper du pays. Quand vous avez la chance de disposer d’un parti varié et nombreux, il se rappelle à vous et vous transmet les aspirations, les plaintes, les idées et les espoirs de la société. Nous avons besoin de nouveaux adhérents pour gagner, mais aussi pour mieux gouverner.

Propos recueillis par Ariane Vincent


Mon opinion :
Les adhésions à 20 euros, oui et même plus que oui. Il n'y a qu'à aller sur le site de l'UMP, pour voir le taux des cotisations... alors, pas de polémique sur celles à 20 euros ! Il est déjà difficile pour quelqu'un d'adhérer à un parti, ne serait-ce que le simple fait d'adhérer. Si s'ajoute un frein supplémentaire comme l'argent... La France n'est déjà pas un pays syndicalisé, alors, "partisé"...
Pour moi, adhérer, c'est participer. Participer à la vie politique locale déjà : aller à des réunions, débattre d'idées, participer aux votes internes. Mais c'est plus que cela. C'est prendre une décision : est-ce que je me sens socialiste ou non ? C'est prendre position : mais là, je m'y connais déjà un peu moins au niveau national... Je n'étais que sympathisante, il n'y a pas si longtemps que ça (je crois que ça remonte à, euh..., 2 ans à peu près), et encore, c'était plus pour "faire plaisir" à mon chef ! Depuis, j'ai fait du chemin (j'en ai même changé), et ce n'est pas forcément évident... En plein dans les luttes internes du Parti... je suis prise en sandwich ! Ce qui n'est pas forcément ma volonté... En même temps, je ne rêve pas que d'idéalisme, même si je suis une grande rêveuse, j'ai même parfois des idéologies qui, je trouve, s'éloignent un peu du PS... Mes choix, au niveau local, ne sont pas toujours tranchés, mais je n'ai pas vraiment toujours le "choix", et devrait-on avoir à choisir ?
Il n'y a qu'une manière de gagner la mairie de Nice : l'union... entre socialistes ! Je n'y crois pas. Trop de différences, trop de divergences d'opinions, d'actions... c'est dommage. Mais le temps jouera là son rôle. Et l'un des protagonistes le sait bien...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous avez dans l'absolu raison. Mais, sur des sections de 300 ou 400 adhérents, combien d'adhérents "paient réellement de leur temps"? Combien sont des "cartes" qu'ont fait les élus pou dandidats élus et qui ne viennent que voter pour les investitures ?
A Nice, combien des adhérents à 20 € n'ont rien fait à part venir voter pour S. Royal en Novembre ?
Jack Lang se comporte en supporter de Mme Royal et rien d'autre.

Cendra a dit…

Chacun ses supporters. Que pourrait-on dire des "éléphants" censés aider Ségolène Royal pendant les présidentielles et qui n'ont rien fait de concret, sinon maintenant couler leur adversaire devenue soudain un pis aller, une perdante. Perdante, elle l'a été, mais avec un bon score pour une femme et pour l'aide qu'elle a reçue. Je pense entre autres à DSK qui ne pense qu'à assouvir des ambitions personnelles... Et qui y pensait déjà lors des presidentielles !
Ces adhérents, ne crachez pas trop dessus, il y en a de loyal sinon forcément de Royal... Et le soutien que madame Royal peut encore avoir, elle l'a, aussi de ces adhérents à "20 balles" (voir blog de Jocelyne, adherente à 20 euros).
Que dire d'autres adherents à "taux normal" qui ne font que servir leur "maitre" ?
Ils existent aussi ceux-là.
L'UMP n'a pas attendu cela pour baisser le prix de ses adhésions. Doit-on les laisser faire seuls ce que nous pouvons faire aussi ? Adhérer, ce n'est pas forcément militer. Il y a des sympathisants qui militent tout autant sinon plus.